11 Mai MAMA n°109 : J’ai lu pour vous : Les activités avec du matériel de manipulation (pour soutenir l’apprentissage de la base 10)
MAMA 109 : J’ai lu pour vous ! Voici le dernier article d’Anne Lafay, résumé pour vous. Elle y parle principalement de la valeur positionnelle ! Bonne lecture !
Article original : Actions with manipulatives support second graders’ learning about place-value concepts — Osana, Levin & Lafay, 2026
1. Postulat de base
L’article part d’un constat clinique et pédagogique central : les objets de manipulation sont souvent utilisés pour aider les enfants à comprendre les concepts mathématiques, mais leur efficacité dépend de la manière dont l’enfant les perçoit, les utilise et les relie aux symboles écrits. Les auteurs s’intéressent ici à la valeur positionnelle en base 10, c’est-à-dire la compréhension que la valeur d’un chiffre dépend de sa position dans le nombre. Par exemple, dans 325, le 3 ne vaut pas “3”, mais “3 centaines”. Cette connaissance est considérée comme fondamentale pour la numération, le calcul mental et les opérations posées.
2. Méthode, population et outils d’évaluation
L’étude porte sur 117 enfants de grade 2, équivalent approximatif du CE1, dont 88 enfants au développement mathématique typique et 29 enfants considérés à risque de difficultés d’apprentissage en mathématiques. Les enfants ont été répartis aléatoirement dans trois conditions selon le matériel utilisé : perles attachables à construire soi-même en dizaines/centaines, cure-pipes représentant des unités déjà groupées, ou perles enfilées avec unités visibles dans les dizaines et centaines.
L’intervention consistait à apprendre à représenter des nombres à deux ou trois chiffres avec le matériel, puis à les décomposer symboliquement, par exemple 47 = 40 + 7 puis 47 = 10 + 10 + 10 + 10 + 7. Les chercheurs ont utilisé trois mesures : une tâche de représentation avec matériel, le Picture Place Value Test pour évaluer la compréhension de la taille des unités selon la position du chiffre, et une tâche de décomposition pour évaluer la compréhension syntaxique du nombre. L’intervention incluait des explications explicites, des gestes de pointage entre chiffre et matériel, ainsi qu’un feedback correctif immédiat.
3. Résultats probants
Le résultat le plus intéressant est contre-intuitif : chez les enfants à risque de difficultés mathématiques, ce sont les perles attachables, donc le matériel le moins directement transparent au départ, qui ont entraîné les meilleurs progrès dans la représentation physique des nombres. Ces enfants devaient eux-mêmes construire les dizaines et les centaines, ce qui semble avoir favorisé un encodage plus actif de la structure base 10. Les progrès étaient significativement supérieurs dans cette condition par rapport aux matériels déjà groupés.
En revanche, les progrès ne se sont pas transférés clairement vers les tâches symboliques plus abstraites : les gains ne sont pas significatifs au Picture Place Value Test ni à la tâche de décomposition symbolique. Autrement dit, manipuler et construire les unités de numération améliore la représentation concrète, mais ne suffit pas forcément pour passer automatiquement à l’écriture symbolique ou au raisonnement abstrait. L’analyse qualitative montre aussi une diminution des erreurs de type “tout en unités” ou “valeur faciale”, ce qui suggère une meilleure prise en compte des dizaines et centaines comme unités de valeur.
4. Implications en ergothérapie pédiatrique
Pour la pratique , cet article rappelle que le matériel concret n’est pas efficace “en soi”. L’intérêt clinique réside dans la qualité de l’action, dans le guidage verbal, dans le lien explicite entre le geste, la quantité, le langage oral et l’écriture mathématique. En séance, il peut donc être pertinent de proposer à l’enfant de construire lui-même les dizaines et centaines avant d’utiliser des matériels déjà structurés comme les blocs base 10. Cette construction active peut soutenir l’attention portée aux unités de numération.
Cependant, l’étude invite à rester prudent : le passage du concret au symbolique doit être accompagné. En ergothérapie, cela implique de ne pas s’arrêter à “l’enfant sait représenter avec du matériel”, mais de vérifier s’il peut ensuite dire, écrire, comparer, décomposer et transférer cette compréhension dans des exercices scolaires. Une progression clinique pertinente pourrait être : construire → représenter → verbaliser → pointer les liens chiffre/matériel → écrire la décomposition → varier les supports. Pour les enfants de primaire, notamment ceux qui manipulent sans comprendre, l’objectif n’est pas de “faire avec des objets”, mais de rendre l’action mathématiquement signifiante.